Bien se concentrer au travail.

 

Merci à Jonathan Dessailles pour toutes les infos qu’il ma apporté dans la rédaction de cet article.

Bien se concentrer dans le cadre de notre activité professionnelle fait appel à plusieurs ressorts. Pour bien les comprendre, il faut en tout premier lieu connaitre nos propres facultés de concentration, bien sûr, mais aussi appréhender les éléments extérieurs les plus perturbateurs.

 

Nul ne saurait acquérir une concentration plus efficace si, dans son environnement proche, existent les éléments les plus à même de le distraire.

Prenons un exemple, celui de la cour de récréation :

Pendant des années, dans les écoles, la récréation était une activité de détente synchronisée. Donc, les élèves de toutes les classes sortaient en même temps se dégourdir les jambes dans la cour. Et aussi, à cette occasion, libérer les contraintes liées à la soutenance d’une attention longue et permanente pendant les heures précédentes. Ensuite, dans certaines écoles, on a choisi de séparer les classes dans la cour pour diminuer le chahut… Résultat ? Aucun sur le bruit et les interactions dans la cour mais à l’opposé une baisse de concentration de ceux qui étaient pendant ce temps dans les classes. Paradoxalement, cette même attention diminuait moins lorsque des bruits extérieurs étrangers au monde de l’enfance se faisaient entendre. Pourquoi ?

L’imagination d’un enfant est comme celle d’un adulte, conditionnée par son environnement. Donc, naturellement un bruit qu’il associe à une action connue et pratiquée sera plus distrayante qu’un bruit, même plus soutenu, si celui-ci n’est pas présent dans sa mémoire et lié à une activité ludique.

Transposition dans le monde adulte professionnel:

Les éléments perturbateurs sont nombreux, mais aussi conditionnées par les habitudes, le rythme de vie et les loisirs de chacun. Une expérience réalisée sur un panel de cent cobayes volontaires a démontré les éléments suivants :

1_ Coup de sifflet! Douze personnes ont été totalement déconcentrées et six perturbées. Les dix-huit étaient des sportifs pratiquant un sport collectif ou des passionnés accro à un sport à la télévision.

2_ Bruit de moteur aigu ! Onze ont été déconcentrés et quatorze perturbés. Tous évidemment soit fans de sports mécaniques soit possesseurs de véhicules sportifs, motos principalement.

3_ Pleurs d’enfants ! Quarante-trois ont été déconcentrés et vingt-six perturbés. Sur ces soixante-neuf personnes, cinquante-deux étaient parents.

5_ Bruits de casseroles ! Cinquante-neuf ont été déconcentrés et treize perturbés. Tous faisaient la cuisine ou aimaient cuisiner.

6 _ Bris de verre ! Quatre-vingt-neuf ont été déconcentrés et cinquante-six perturbés. Tous ont sursauté. Bien sûr, le bris d’une vitre fait partie de la vie de tous et régulièrement.

7_ Coup de frein avec crissement de pneus! Trente-neuf ont été déconcentrés et douze perturbés. Tous faisaient du vélo ou venaient travailler à pied.

8_ Bruits de tasses et de verres ! Seuls neuf ont été déconcentrés et trente-trois perturbés. Encore un bruit présent au quotidien mais habituel. Les neuf déconcentrés travaillaient seuls dans un bureau.

9_ Avion passant le mur du son ! Seuls sept ont été déconcentrés et cinquante-cinq perturbés. Encore un bruit présent dans notre vie mais plus inhabituel. Les sept déconcentrés étaient les plus jeunes.

10_ Alarme incendie! Seuls deux ont été déconcentrés mais quatre-vingt-douze perturbés. Encore un bruit présent au quotidien mais, même si habituel, associé à un danger potentiel récurent. Les deux déconcentrés avaient vécu un incendie.

Pour être capable de bien se concentrer, il faut donc analyser quels sont les éléments qui vous perturbent le plus et faire en sorte d’éviter la confrontation à ces bruits. Bien évidemment, interdiction de neutraliser l’alarme incendie !

Ensuite, il faut aussi penser à la perturbation visuelle. Même si elle est moins fréquente qu’une perturbation auditive, elle n’en est pas moins gênante. Quelques exemples ?

1_ Néon clignotant ! Seuls cinq ont été déconcentrés mais quatre-vingt-deux perturbés. Les cinq déconcentrés travaillaient seuls dans un bureau.

2_ Changement intense d’éclairage ! Quatre-vingt-treize ont été déconcentrés et les sept autres perturbés. Tous ont sursauté. Effectivement, un éblouissement est extrêmement perturbateur.

3_ Panne d’électricité ! Soixante-dix-huit ont été déconcentrés et onze perturbés. Tous ont sursauté. Encore une fois, une modification brutale, mais dans l’autre sens. Ceux qui n’ont pas manifesté de déconcentration travaillaient en extérieur.

4_ Gyrophare derrière les fenêtres de la salle ! Seuls six ont été déconcentrés mais quatre-vingt-quatre perturbés. Nous sommes dans le cas d’une vision présente au quotidien mais, habituelle et associée à un signal de secours. Les six déconcentrés avaient subi un accident de la route.

5_ Lumière stroboscopique ! Cent pour cent des participants ont été totalement déconcentrées… On le serait aussi !

6_ Éclair dans le ciel ! Vingt-deux ont été déconcentrés et quatorze perturbés. Eh oui… les orages sont si fréquents et le sentiment de protection est si fort qu’il ne fait plus peur à personne…

7_ Vol silencieux d’un insecte inconnu ! Huit ont été déconcentrés, quatorze perturbés. Les autres sont restés de marbre… Sur les huit, cinq avaient été piqués par des guêpes comme huit des perturbés. Deux en avaient la phobie.

8_ Flash d’appareil-photo ! Trois déconcentrés et dix-huit perturbés… insignifiant à l’ère du smartphone…

9_ Passage d’un laser! Seize déconcentrés et quarante-sept perturbés. Le laser reste incongru, même si connu par de plus en plus de personnes. L’intensité rouge ou verte ne change rien à l’affaire.

10_ Baisse de l’intensité de la lumière de 50% en dix minutes! Trois déconcentrés et sept perturbés… Étonnant ? Absolument pas, le cerveau associe naturellement cela à un nuage ou au crépuscule…

Encore une fois, la perturbation occasionnée n’est pas la même pour tous ni à tout instant. Notons que l’expérience de l’orage avec son et lumière, comme du passage d’un camion de pompier soit dans les deux cas la conjugaison des deux perturbateurs n’a pas engendré la multiplication des perturbations ni même l’ajout de ceux victimes des sons à ceux des lumières… L’augmentation est restée inférieure à quinze pour cent de personnes en plus dans les deux cas.

            Maintenant que nous disposons de données sur notre environnement , il faut aussi et la tâche est ardue, les associer à notre propre faculté de concentration qui elle aussi dépend de l’individu. Encore une fois plusieurs facteurs entrent en compte comme son stress personnel, sa situation familiale, son état de santé, de fatigue et même ses problèmes financiers.

            Bien évidemment, ceci n’est pas toujours connu mais relève aussi de psychologie de la part du manager.

            En tout dernier il faut prendre les données brutes de notre capacité générique de concentration :

Quelle que soit votre métier, pour faire suite à une étude datant de la seconde guerre mondiale sur des opérateurs radars, dites vous qu’elle est au maximum pendant… trente minutes environ ! Ensuite, elle décroit.

Il existe diverses techniques pour optimiser votre concentration :

            _ Pomodoro. Phases de concentration de 25 minutes et 5 de repos avec minuteur et sonnerie. Les candidats sont soumis à des périodes de repos de 15 à 20 minutes toutes les cinq sonneries.

            _ Payard… Ancienne méthode qui consiste à tenir un crayon serré entre mes dents et effectuer des rotations de tête de droite à gauche et de gauche à droite pendant 5 minutes… Les période de concentration de trois heures sont sectionnées en 45, 40, 35, 30, 25 et 20 minutes avec entre deux les cinq minutes de gymnastique. Elle était utilisée par les standardistes en début des années trente.

            _ Micro-siestes… Coupures totale de 5 minutes toutes les 30 minutes de travail.

            _ Mobilité cérébrale…Faire cent pas par dix foulées et un pas en arrière dans sa tête toute les trente minutes. Ou des pas de danse ou une valse… Pourquoi pas… c’est dans la tête.

            _  Assistance…Utiliser un logiciel qui lance une chanson ou la lecture d’un texte toutes les trente minutes. Récréation pendant laquelle vous ne devez pas travailler.

            _ Exercice de sport collectif avec extension et flexion dans le bureau. Méthode très en vogue à une époque révolue en Corée du Nord, Chine et pays du bloc de l’est… Peut-être encore active aujourd’hui.

            Enfin, plusieurs études démontrent que plus l’intensité de la concentration est forte, plus les périodes d’intense concentration sont courtes et moins répétables.

            Et ceci est valable pour tous les individus. Certes la durée concentration physique des athlètes de haut niveau est parfois double de celle d’un amateur mais à contrario, les temps de récupération sont aussi plus longs et plus fréquents.

            Pour une concentration cérébrale, encore une fois, certains feront mieux que d’autres mais là aussi, il leur faudra plus de temps pour récupérer.

Que faut-il en déduire ?

En tout premier lieu qu’il faut analyser les perturbateurs pour chaque individu avant de lui affecter un poste de travail.

Ensuite, éviter de l’exposer à des perturbations exotiques ou extrêmes si l’on veut préserver sa capacité de concentration.

Enfin et ceci est à l’attention des managers, faire aussi le test pour soi ! Bien entendu, la conséquence est évidente.

Conclusion :

Nul ne pourra reprocher dans un cadre professionnel un manque de concentration passagère à un membre de l’équipe si celui-ci a été soumis à des éléments perturbateurs.

Il ne pourra lui être reproché non plus une baisse d’attention au-delà de trois heures de travail.

Personne ne fait beaucoup mieux sans récupérer plus !

La concentration est affaire d’environnement mais aussi de conditions particulières et toutes ne sont pas dépendantes de notre volonté.

Enfin, se concentrer sur une tâche pour la réaliser au mieux nécessite de la part de l’opérateur, quel qu’il soit et quelle que soit la tâche un parfait apprentissage et une pratique régulière de celle-ci.

Un exemple parlant: Trois pilotes de chasse donc, des personnes hautement habitués à la vitesse, au stress et à une maitrise intense de hautes technologies ont tenté de piloter une formule 1 un en conditions réelles…

Aucun n’a réussi à boucler à haute vitesse un tour complet et ce pourtant sans autres voitures sur le circuit tant le stress, le manque de pratique et les contraintes comme la connaissance de l’engin sont différentes de leur quotidien.

Votre travail au quotidien répond donc avant tout à une expertise, une excellence et un apprentissage long et astreignant. Si toutes ces conditions sont réunies et seulement dans ce cas, vous serez optimaux et pourrez vous concentrer au mieux à la condition que, nous l’avons dit, les perturbateurs en soient supprimés.

Sans la conjonction de tous ces éléments… vous ne serez jamais optimaux dans votre travail!

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